Tous des gagnants
Pas dégourdis, les poings prêts à mettre au tapis avec beaucoup d’élan toute conversation ou toute forme apparentée d’affection, ils se mettent à tourner l’un autour de l’autre. C’est le début de ce pas de deux fascinant et brut des deux hommes. Sous cette couche coriace de nihilisme des deux durs à cuire bouillonnent un immense chagrin et une énorme révolte. Le vernis viril s’arrache, couche après couche, jusqu’à ce que la peau tombe, que leurs âmes, ébranlées, se retrouvent à l’envers, révélant deux être palpitants et sanglants. Avec la complicité du chorégraphe Koen Augustijnen (Les Ballets C. de la B.) et du compositeur Jean-Yves Evrard, Arne Sierens signe là une de ses représentations les plus noires de son répertoire. La danse et la musique propulsent la narration qui devient un portrait complexe et percutant, tantôt qui flirte allègrement avec un éclat de rire, tantôt qui trépigne avec brutalité et colère, avec un sanglot dans la gorge. Et qui vacille constamment sur la frontière ténue entre avoir la tête froide et perdre la tête. Le décor singulier de Guido Vrolix – une bande de tarmac qui glisse régulièrement sur le côté, comme si la terre, elle aussi, voulait faire tomber ces hommes – renforce l’atmosphère explosive et chargée d’émotions. L’authenticité stupéfiante et l’audace avec lesquelles Titus De Voogdt et Robrecht Vanden Thoren interprètent leurs rôles sont convaincantes et prenantes, du début à la fin. |