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Une critique par trop marxiste aurait reproché au film l’estompage des véritables questions idéologiques par un humanisme quelque peu idéaliste : le lien personnel et affectif noué entre les protagonistes masque les frontières politiques réelles qui séparent les deux peuples. Mais le véritable enjeu du film n’est-il pas ailleurs ? Plutôt que d’affronter le conflit israélo-arabe, La visite de la fanfare en révèle un autre, au sein même de la société israélienne : l’effacement des traditions arabes dans une société où la moitié de la population est originaire d’Afrique du Nord et du Proche-Orient. C’est ainsi que les musiciens égyptiens provoquent chez les Israéliens un « retour du refoulé », et que Dina, l’héroïne israélienne (excellente Ronit Elakbetz) peut évoquer devant Tewfiq, le directeur de l’orchestre, son amour pour les films égyptiens qu’elle regardait assidûment durant son enfance et qui ont progressivement disparu des écrans israéliens. La rencontre israélo-arabe se crée ainsi dans un espace culturel intermédiaire : ce n’est ni la musique arabe, ni la musique israélo-américaine qui domine le film, mais plutôt le jazz, matérialisant ainsi un temps ouvert au hasard, à l’improvisation, au métissage – comme une utopie en train de se faire, un rendez-vous où tout reste encore à jouer… Les plus beaux moments d’Une jeunesse israélienne sont en effet ceux qui échappent à l’intrigue, des « temps morts » d’une justesse bouleversante, comme la scène montrant la promenade nocturne des deux enfants éthiopiens qui regardent la ville à partir d’une colline environnante, une vision qui éveille en eux la nostalgie de l’Afrique. Le film est porté du début à la fin par David Teplitzsy qui incarne Dima, le gardien de but, un jeune immigré russe mêlé à une affaire de trafic de drogue. Véritable révélation, cet acteur impose une présence intrigante, mélange de beauté juvénile, d’innocence et d’agressivité contenue. Mieux que toute thèse sociologique, ce corps énergique et enragé peut se voir comme le symbole d’une société minée par sa violence interne. |