Une jeunesse israélienne
Ariel Schweitzer
 
 
 
Relevant d’une tendance importante du cinéma israélien contemporain consacrée à l’exploration de la périphérie, le premier film de Mushon Salmona tente une synthèse entre deux veines cinématographiques en apparence contradictoires ; Une approche « néoréaliste » (critique sociale, décor naturel, acteurs non professionnels, improvisation) d’une part, un modèle standardisé de genre - « le film de sport » - de l’autre.
   
Tourné à Beer Sheva, ville natale de l’auteur, Une jeunesse israélienne décrit le quotidien d’un groupe d’adolescents d’un quartier défavorisé qui tente d’échapper à son conditionnement social (misère, déliquescence, drogue) en s’intégrant dans une équipe de football participant à un tournoi local. Quelque peu formatée, la deuxième partie du film est centrée sur les entraînements de l’équipe destinés à fédérer un groupe composé d’immigrés russes, éthiopiens et d’Israéliens séfarades. S’ensuit une série de matchs qui voit l’équipe enchaîner les victoires jusqu’à la finale, promesse d’apothéose. Heureusement, le film parvient à dépasser les clichés du genre grâce à sa véritable force documentaire et sa crudité. Car Salmona sait filmer les corps des personnages dans leur dimension brute en les inscrivant intelligemment dans le paysage urbain de cette ville morne en plein cœur du désert.

 

 

 

   

 

Les plus beaux moments d’Une jeunesse israélienne sont en effet ceux qui échappent à l’intrigue, des « temps morts » d’une justesse bouleversante, comme la scène montrant la promenade nocturne des deux enfants éthiopiens qui regardent la ville à partir d’une colline environnante, une vision qui éveille en eux la nostalgie de l’Afrique. Le film est porté du début à la fin par David Teplitzsy qui incarne Dima, le gardien de but, un jeune immigré russe mêlé à une affaire de trafic de drogue. Véritable révélation, cet acteur impose une présence intrigante, mélange de beauté juvénile, d’innocence et d’agressivité contenue. Mieux que toute thèse sociologique, ce corps énergique et enragé peut se voir comme le symbole d’une société minée par sa violence interne.