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A priori, tout est à sa place...
Une ferme en Auvergne, avec chapelle ancestrale et panorama impeccable. A priori, tout est à sa place. L’éleveur sort ses vaches sous l’œil satisfait des citadins en vacance. Mais sur la rampe, la première vache glisse et tombe. Fin des réjouissances: tout le troupeau est au diapason, les vaches ne tiennent pas debout. Que se passe-t-il au juste? Réponse de l’éleveur : « Rien, tout va bien ! ». C’était en août 2004 et cette scène ne se laissait pas oublier. Pour impressionnante qu’elle fut, c’est moins la chute des vaches que la dénégation de l’éleveur qui m’a marqué, par ce qu’elle révélait de douleur rentrée, de gène. Et mon sentiment fut que cette souffrance nous concernait, que nous n’étions pas extérieurs à cette scène, que nous faisions partie du problème. Et c’est pour mieux comprendre ce qui se jouait à ce moment là, dans cet espace-là, dans cette paradoxale intrication de beauté et de désastre, que j’ai eu le désir de parcourir tout le pays, de rencontrer tant de gens, agriculteurs, agronomes, écrivains et autres, pour faire un film qui questionnerait notre attachement à l’agriculture. La première construction du film c'était, produire, nourrir, échanger et on essayait de classer les problèmes à l'intérieur de cette division. Mais j'étais gêné par l'aspect systématique, ce n'était pas le film que je voulais faire : je voulais un film avec des petites unités qui se reflètent et qui, chacune, exprime l’ensemble du problème. Je ne voulais pas un film système mais un film perspectiviste. C'est une démarche de compréhension: chercher à convoquer des savoirs, le plus de savoirs possibles, pour ne pas s’enfermer dans une nostalgie un peu aigre. Car après tout, et c’est ce que j’ai compris en faisant le film, la rationalité qui a présidé à ces grandes métamorphoses est fort contestable: on s’éloigne de l’idée d’optimum, qui est toujours un rapport complexe entre du social, de l’économique, de l’agronomique, au profit d’un principe de maximisation des rendements où l’on se garde bien d’évaluer les coûts des pertes occasionnées. Il me semble que si l’agriculture est à l’origine de bien des problèmes environnementaux et paysagers, elle est aussi, en puissance, la solution. La question que pose le film est celle-ci : quelle agriculture, pour quoi faire ?
Dominique Marchais |